Fresque à la Alte Meirei, Kiel

Allemagne Octobre 2010

Breme

Samedi 23 octobre. Décidément pas de répit en ce mois d’octobre 2010. Des journées de grève (beaucoup…) accompagnées de manifestations, les grosses à Paris, mais aussi les locales dans le 93. Tout cela, dans une ambiance joyeuse et combattante, « pas fatigués » (un peu quand même…) avec les cheminots, les fonctionnaires territoriaux, ceux du privé, des profs et des élèves, etc. Et au lendemain de la dernière manifestation de Noisy le Sec à la préfecture de Bobigny, après maintes péripéties, tôt le matin, nous chargeons le camion et partons (si j’ose…) à l’assaut de L’Allemagne du Nord. Hou que c’est loin ! Il faut vraiment être amoureux de ça pour se lever si tôt et enquiller 12 heures de camion, heureusement confortable (ça n’a pas toujours été comme ça !), dont deux heures d’embouteillage, de Paris à Brême. Partis sous le soleil parisien, nous arrivons sous une pluie battante, qui va peu nous quitter tout au long de ce voyage. C’est un joyeux groupe de huit qui part. Les 5 de Cartouche, dont Lolo, notre brillant nouveau guitariste ! Pour Mehdi aussi, c’est sa première tournée à l’étranger dans sa longue carrière de musicien, non pardon, de batteur (je sais, elle est facile…). Il y a aussi, Patrick, notre ingé pour la tournée, et amis, Eric Tapage et Marco, le roi du rangement ! Ah la belle équipe !

Ce n’est pas la première fois que l’on joue dans cette ville et nos amis nous attendent avec un repas végétarien 3 étoiles à la Sielwalhaus, un centre autonome, comme nous un peu plus que trentenaire. Après ça, pas le temps de se détendre, mais installation, line-check et c’est parti ! Une heure débridée dans une ambiance du tonnerre dans cette salle pleine et souriante. Quelques moments d’émotions aussi semble t-il d’après ce spectateur qui me dit avoir eu des frissons à l’écoute de notre mise en musique de ce magnifique texte de Marianne Cohn, « Je trahirai demain ». Puis vient la décompression, rencontres, rigolade, bières à la Sielwalhaus et pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, long islands dans un bar bien rock n’roll. Mais, 24 heures après le premier café de la journée, Morphée me rappelle que le lendemain il faut partir à Hambourg et qu’il faudrait donc le rejoindre…Les animaux de Brême

Dimanche 24 octobre, l’inévitable déambulation matinale dans les rues de cette jolie ville, ne manque pas. Marche dans les rues aux maisons colorées, en passant devant Mafalda, le local féministe et plus loin, l’infoshop antifa. Nos amis nous expliquent, que les petites dalles en bronze déposées au sol sur le trottoir devant certaines maisons, sont là pour nous rappeler les déportés qui ont habité les dites maisons. Mais le plus surprenant est que ces dalles, qui habitent aussi d’autres villes d’Allemagne (on en verra aussi à Berlin), ne sont pas du tout officielles, mais sont l’œuvre d’un collectif qui fait cela de façon totalement marginale et indépendante. Naturellement et heureusement, personne n’ose les enlever… Pour terminer ce tour, nous rendons visite aux musiciens, l’âne, le chien, le chat et le coq. Certains disent que cette histoire des frères Grimm où les animaux, chassés parce qu’ils sont trop vieux (tiens ça rappelle l’actualité…), se serrent les coudes pour s’en sortir, serait un conte anti anticapitaliste…

Hamburg

Arrivée sans trop d’accrocs à Lobusch. C’est un ancien squat légalisé. Une maison entière avec 5 étages d’appartements et un club au rez-de-chaussée, le No Pasaran café. La dernière fois que nous sommes venus, nous avons participé à une grosse manifestation antifasciste. Cette fois-ci, quelques jours plus tôt, c’est une manifestation contre les logements vides et la spéculation qui a réuni 3000 personnes dans une ambiance combattante. Bonne bouffe, comme chaque soir (les tournées en Allemagne sont assez gastronomiques !), et rapidement, joue le premier groupe. Surprenant, un groupe finlandais constitué de 4 handicapés, du punk rock à l’ancienne avec 4 gars sur scène tout sourire, chouette. Puis c’est notre tour, ambiance sympathique en ce dimanche soir… Quelques bières et au lit !

Day off le lendemain, l’occasion de faire une petite visite touristique avec Tomshek, qui sera notre guide. Tout d’abord, passage par le Café Libertad Kollektiv, coopérative qui distribue du café du Chiapas (en très grande quantité), qu’ils torréfient eux-mêmes, mais pas seulement. Ils distribuent également des produits de coopératives de femmes de différents pays, du vin de la CNT Estrémadure, de l’huile d’olive, bouquins, etc. projet alternatif d’importance, dont nous avons une petite visite commentée. Puis on part bien-sûr vers l’inévitable quartier de St Pauli. Petit tour dans le shop de l’équipe de foot (pas donné d’ailleurs). Village de wagons HamburgDirection ensuite vers la Hafenstrasse, l’historique rue des squats. Pour ça, il faut traverser un quartier assez glauque de bars à prostitution, où trône au bout les statues en fer des Beatles. En effet, c’est à Hambourg que le quatuor british aurait fait ses premières armes à succès. Petite photo qui s’impose… !

Après cette journée « touristique » bien remplie, on s’en retourne à Brême, pour une soirée-bouffe (encore… !).

Minden

Et hop le lendemain, on s’en retourne voir Mehdi du Hamburger Hof à Minden, pour la troisième fois ! Accueillis toujours avec le sourire et l’enthousiasme, quel bonheur !Le beau cocktail

Chouette petit concert en ce mardi soir, avec une bonne ambiance, parties de babyfoot à gogo, et les bons cocktails du patron pour terminer la soirée ! Mehdi est tout content, il vient d’avoir une petite fille deux jours plus tôt, qu’il nous présentera bien sûr le lendemain lors du petit déjeuner copieux et gargantuesque qu’il nous aura préparé.

On part tôt, car sur la route, prêt d’Hambourg, il y a le camp de Neuengamme, et l’on veut s’y arrêter. Malheureusement, pas pour très longtemps, mais assez pour voir un camp privé typique… En effet, Neueungamme était un KZ. Les prisonniers appartenaient aux SS, qui les mettaient à disposition d’entreprises, notamment là, une entreprise d’armement, une briqueterie, une menuiserie. Certains prisonniers sont aussi envoyés sur des chantiers ou des usines du Nord-Ouest de l’Allemagne. Comme ailleurs, la trace d’humanité de l’individu est enfermée dans un fichier, alors que lui, elle, l’homme, la femme, n’est plus qu’un numéro, un esclave. On y pratique, ici aussi des expériences médicales sur les détenues et des enfants juifs que l’on fait venir d’Auschwitz. Dans un coin, d’ailleurs, il y a un crématorium pour faire disparaître les numéros qui meurent d’épuisement, ou sont assassinés.

Là, furent déportés 103000 personnes, dont 55000 sont mortes.

Une exposition assez conséquente livre pas mal d’informations historiques, et de témoignages oraux ou dessinés. Ah oui ! Après la guerre, le camp est devenu un camp pour les prisonniers allemands, puis une prison jusqu’en 2003…

Ce n’est pas la première fois que l’on s’arrête dans de tels lieux, et à chaque fois, vient un sentiment de désespoir face à ce dont est capable l’humanité, heureusement accompagné de la rage de lutter.

Kiel

Nous ne sommes jamais montés aussi haut en Allemagne, au bord de la Mer baltique. La météo n’est pas vraiment avec nous, mais bon après tout, on monte pas mal au Nord… !

Nous allons jouer au Alte Meierei, un squat légalisé du début des années 80, le dernier restant de cette époque. Ce soir, on joue à l’occase de la « Vokü schwarz / rot », une bouffe populaire végétarienne. Mais le lieu accueille aussi un antifa café, du théâtre et donc des concerts, pour le plus gros. C’est aussi un endroit habité. Grand espace avec pas mal d’histoire collée sur les murs.

Vu l’humidité au dehors, un grand poêle réchauffe l’atmosphère, avant que ce soit notre tour. Sur scène, ça bouge de partout, et avec le public, encore une fois, la transmission réciproque d’énergie, de joie, de rage, enfin tout ce que chacun peut ressentir, passe, pour finir en deuxième mi-temps, par des danses endiablées sur les choix musicaux années 80 de DJ Mehdi. La 3è mi-temps se déroule dans un immeuble que les punks & skins antifas ont investis, en s’installant dans un appartement dès que l’un se libérait. Du coup, ils ont pu y installer un infoshop, qui sera espace de petit déj le lendemain. CG, le punk et Raye soir, c’est l’anniversaire du punk bleu, et donc la fête est dans sa petite chambre, où il termine d’ailleurs habillé d’une sorte de combinaison/tutu rose, en buvant du « jägermeister », alcool aux plantes aromatiques, euh, assez spécial…

Le lendemain, à nouveau un peu de tourisme, on veut aller voir la mer. On se retrouve donc à 20 bornes de là, sur une plage immense, sous un vent tenace. Là, surplombe, un immonde mémorial aux soldats allemands morts, tous… Il représente une sorte d’avant de bateau colossale, genre architecture fasciste… le mémorial aux combattants allemands. A ses pieds, un sous marin à visiter, construit pendant la seconde guerre mondiale, sic… On peut d’ailleurs aussi acheter quelques jolis souvenirs, comme un petit fanion de l’armée allemande de l’époque… Ceci dit, ça ne vaut pas les bouteilles de vin vues au hasard d’un arrêt dans une station service prêt de Venise, à l’effigie de la Waffen SS… Nostalgiques les fachos..?

Berlin

C’est reparti pour cette ville fantastique ! Oui fantastique, parce que melting pot de populations, lieux alternatifs, etc, et à chaque fois de bons concerts. Cette fois-ci, on joue au Supamolly, aussi un squat légalisé, auquel on arrive dès le jeudi soir, la veille du concert. Mais on était déjà passé là, notre ami et guide touristique des lieux alternatifs, nous y avait amené pour y manger de délicieux gâteaux, tu penses si on s’en souvient !

Mais le soir, c’est bar ! Évidemment, arrivés à temps pour le passage obligé à la pizzeria de Mauru, El Ritrovo ! Notre table réservée, et hop c’est l’orgie de pâtes, de pizzas, desserts, enfin, comment on fait pour manger tout ça..?

Le lendemain, jour du concert, bien-sûr, tourisme ! Chacun part vers son centre d’intérêt du jour : balade pour ceux qui ne sont jamais venus, le musée de Pergame pour Lolo et une expo au Musée d’histoire de Berlin pour Alex, Raymonde, Eric et moi, « Hitler et les allemands, le peuple et le crime ». Le propos est de montrer comment on en est arrivé là, à la fois d’un point de vue, politique, militaire, socio-économique et culturel. Ca foisonne de documents, malheureusement pas tous traduits en anglais. Mais aussi, c’est une accumulation d’iconographies, de médailles, photos, livres scolaires, uniformes, nazis. Du coup, le problème est que l’expo peut attirer des nostalgiques, vu la quantité d’objets et de documents de l’époque, et d’ailleurs on se demande si il n’ y a pas quelques fachos par-ci par là, mais rien ne l’affirme, à part leurs sales gueules.

Après tout ça, c’est parti pour la soirée, et laquelle ! Le Supamolly est plein à craquer d’un public éclectique, encore une fois, on mange comme des rois et on boit tout ce qu’on veut.. ! Et c’est donc parti pour une soirée endiablée, avec pleines de rencontres et discussions, sur scène comme après sur la piste de danse où le DJ balance pas mal de rock steady qui délie les jambes. Tiens, tout ça m’amène jusqu’à 8 heures du matin, du coup le lever à 10h30 pour le petit déj est un peu douloureux… « Vous revenez l’année prochaine » qu’ils nous disent. Ah ben oui alors !

Un petit tour pour un bonjour / au revoir à Sven à Kreuzberg, et hop un deuxième petit déj ukrainien, avec un brasch excellent concocté par Tania selon la recette bien sûr de sa mère, excellent, celui-ci suivi d’un délicieux dessert, l’inévitable verre de vodka de George, et voilà ! C’est définitivement une tournée gastronomique..!

Leipzig

On se disait que ce n’était pas la peine d’arriver tôt au squat du Zoro à Leipzig, car de notre expérience, tout commence tard. Mais là, pas de chance, on arrive un peu comme des fleurs avec un concert en train de commencer, il faut dire que nous sommes 5 groupes à jouer, 4 groupes HC / crust allemands, et nous. Le public pourrait être surpris quand on monte sur scène, mais pas du tout, ça danse et ça chante joyeusement devant ! Le concert se termine à l’aube avec un groupe précurseur du crust, qui déjà sévissait en 1983 ! Courte discussion ensuite, il faut se lever dans 4, 5 heures, pour tracer jusqu’à Paris, un peu plus de 900 km, pour retourner vers la vraie vie. Mais au fait, c’est quoi « la vraie vie » ..?